Au salon de l’automobile, il y a deux mois, l’entreprise Greater Than faisait parler. L’insurtech Suédoise se propose simplement de révolutionner le marché des assurances via la digitalisation. Armés d’intelligence artificielle et de machine learning, la startup aspire à connecter les automobiles, pour réduire le risque d’accident. C’est ainsi qu’elle se lance tout récemment en France, avec le soutien de la Fédération internationale de l’automobile.

La promesse de leurs automobiles intelligentes est de « voir le taux d’accidents de la route chuter de 38% », déclarent-t-ils lors du salon.

Mais si les innovations dîtes « connectées » chamboulent parfois le marché, il n’est pas rare que d’autres fassent naître de sérieuses questions quant à leur utilité.

Pour ceux dont le nom de Rafi Haladjian est inconnu, il s’agit de l’un des précurseurs de l’internet en France. Il débute sa carrière dans l’audiovisuel et tourne un film sur l’écrivain Ionesco. Puis, il s’intéresse aux nouvelles technologies et aux réseaux et fonde plusieurs entreprises comme France.net, Ozone ou sen.se. Dès 2003, il a fait des objets connectés son cheval de bataille.

Nabastaz, un robot lapin connecté multifonctions naît de son travail en 2005. Le Léporidé robotique lit les mails et les contenus web, parle, ou encore adapte son apparence aux changements de météo et de bourse. Il est considéré comme l’un des tout premiers objets communicants.

Dans l’épisode 1 Les héros du Web, sur Youtube, Rafi Haladjian se défini comme « Pionnier professionnel qui fait des entreprises suicidaires sur des sujets qui l’intéresse ». Dans celui des objets connectés, sa réputation de visionnaire n’est plus à défendre.

Photo by Alex Knight on Unsplash

Une époque de transitions

Dans une interview donnée à l’Atelier Bnp Paribas, Rafi Haladjian explique sa vision du futur connecté. Tout comme l’on ne connaît pas nécessairement le fonctionnement de chaque objet dans notre foyer, on ne se sert pas moins tout ce qui est facile à utiliser. C’est là que se trouve, selon lui, l’avenir des objets connectés. « Cette technologie devient tellement présente, qu’elle devient magique et qu’elle disparaît », confie-t-il.

Pour lui, c’est une évidence : l’objet doit être naturellement utile à la routine de l’utilisateur. Il doit être absolument « invisible ». Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, estime-t-il. Si la technologie est prête, les utilisateurs et les entreprises le seront eux, 13 ans plus tard.

Une étude publiée par l’l’IAB en juillet 2016 affirme que 41% des français ne connaissent pas – encore – l’existence des objets connectés. C’est donc qu’une grande partie ce sera contentée de son smart Phone, sans jeter un œil au reste de ce qui fait le marché de l’Iot.

Des jouets chers et trop complexes

Pour l’instant, le secteur reste dominé par le smart phone, avec 1,5 milliard de smartphones vendus en 2017 selon l’institut Gartner. Cela ne facilite pas l’adoption massive des autres objets connectés. « Pour 80% des gens, cela correspond à un objet compliqué et cher », confie Rafi Haladjian au média SudOuest.

C’est bien le prix qui est en cause, pour lui. L’entrepreneur l’a appris à ses dépens puisqu’il a rencontré des difficultés à vendre son produit Mother. L’objet, rendant compte de la température, du sommeil, des rendez-vous, avait pour mission de mesurer intelligemment la vie des utilisateurs. « On croit qu’on va séduire le marché avec nos objets qui valent entre 150 et 300 euros, mais c’est une illusion. Même la Fnac a renoncé à vendre nos objets ». L’ingénieur semble désormais prendre du recul sur ses créations. Il comprend que les utilisateurs trouvent une « utilité douteuse » à tous ces objets.

Les objets du futur

A France Tv info, il compare la révolution des objets connectés au phénomène du XXe siècle quand tous les objets sont devenus électriques. Si la rentabilité de son activité n’est pas toujours évidente sur le court terme, au plus long terme, il considère que « toutes les industries vont s’y mettre ».

C’est dans cette idée que juste après avoir commercialisé Mother, il change le business model de Sen.se. Il entend alors proposer aux entreprises de connecter leurs produits. Dans le secteur, il prédit « de grandes idées avec des concepts qui deviendront indispensables ».

Mother : le produit sen.se conçu par Rafi Halladjian

Dans un monde qui évolue vite et après tout difficile à comprendre, Rafi Halladjian change de fusil d’épaule en travaillant depuis le 6 octobre sur le projet Moralscore.

Moralscore est un site qui permet de comparer les entreprises du numérique par domaine, selon des critères d’éthique. L’environnement, la fiscalité, le respect de la vie privée sont autant de critères de comparaison des entreprises.

L’objectif serait de redonner du sens au mode de vie des utilisateurs. « En favorisant les entreprises qui respectent nos valeurs, nous les encourageons à faire mieux », ajoute-t-il le 5 décembre dernier dans un post Facebook.

Concernant l’utilisation des données, il les trouve « surestimées ». Il n’hésite pas à se moquer dans un autre post Facebook d’Amazon qui le cible encore très mal après10 ans de lecture sur Kindle. Le géant du web lui propose en effet du contenu à apprécier « entre mère et fille ».

Il est aussi, depuis 2017, chevalier de la légion d’honneur. Rien que ça.

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